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Les victimes

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1968, 1974, 1981, 1981 encore, 1982, 1983, 1984, 1985 enfin, huit dates, huit couples, seize personnes, voilà le total de victimes assassinées dans un crescendo abominable  par celui qu’on a surnommé le  « monstre de Florence ».

Non content de tuer selon un rituel immuable et glaçant, l’assassin s’est signalé par les mutilations barbares auxquelles il s’est livré dans la moitié des cas sur le corps des jeunes femmes.

Certaines affaires sont notables pour d’autres motifs encore.

1985
Les victimes, cette fois, étaient françaises. Inconscientes du danger encouru, elles faisaient du camping sauvage quelque part dans la campagne florentine. Elles n’étaient donc pas dans une voiture, mais sous leur tente au moment de l’assaut meurtrier.
Les experts désignés pour reconstituer le drame ont établi que le jeune homme, quoiqu’atteint de trois ou quatre balles (dans un coude, dans un bras, au coin de la bouche), a réussi à s’extraire de la tente, peut-être en bousculant le tireur, et a pu s’échapper sur une quinzaine de mètres avant d’être rejoint. L’assassin l’a alors sauvagement poignardé. Sûr de sa mort, il est retourné à la tente pour se livrer à ses amputations rituelles sur la jeune femme, tuée sur le coup au moment des premiers tirs de pistolet. Il serait revenu ensuite vers le corps du jeune homme pour le dissimuler dans le bosquet qui jouxtait l’esplanade où s’est accompli le crime.

igloo-internoLa tente des Français sur piazza dei Scopeti, lieu de leur assassinat

Les corps seront découverts le lundi 9 septembre, par un cueilleur de champignons. Le lendemain, la substitut du procureur de Florence, Silvia Della Monica, reçoit une lettre adressée par le « monstre ». Dans la lettre, un lambeau de chair de la jeune femme.

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La lettre du « monstre » : seul lien indiscutable entre lui et nous…

Ce double crime est assurément le plus traumatisant, le plus invraisemblable de l’affreuse série, tant par la dynamique du crime que par le cynisme terrassant dont fait preuve le tueur.

Rappelons que tous les crimes se déroulaient de nuit, et plus précisément durant des nuits sans lune ; ce crime, plus que les autres, pose ainsi la question de savoir comment le criminel y voyait clair et avec suffisamment de précision pour loger plusieurs balles dans le corps des victimes, souvent directement dans la tête. Cette question centrale de la lumière n’a jamais été abordée avec le soin qu’il aurait fallu par les enquêteurs.

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Une vue plus large de la piazza dei Scopeti

1982
Un autre des huit doubles meurtres se distingue particulièrement. Le cinquième de la série, en juin 1982. Contrairement à la jeune fille, morte sur le coup, le jeune homme, bien que touché de plusieurs balles, n’est pas mort au moment de l’assaut. Il a réussi à remettre en route le moteur de sa voiture et à reculer à toute allure pour s’extraire du sentier écarté où il s’était garé. Il aurait pu avoir la vie sauve, si dans son affolement, il n’avait reculé trop loin, bloquant sa voiture sur le bas côté de la route provinciale qu’il avait réussi à rejoindre. Le tueur l’a rattrapé, a logé une balle dans chacun des phares qui l’aveuglait, avant de viser le pilote, le touchant à la tête. Le jeune homme est tombé dans le coma et n’est mort que le lendemain matin, sans jamais reprendre ses esprits ni rien pouvoir révéler du terrible moment qui a précédé sa mort.

La voiture de la victime au moment de l’arrivée des forces de l’ordre

Dans l’espoir de susciter un faux pas du tueur, la police, en accord avec les médecins et la presse, a laissé croire qu’il avait eu le temps de parler. Le stratagème n’a pas eu les effet escomptés.  Un an plus tard, le tueur récidivait.

L’impact de la balle qui a tué le conducteur

1983
Le crime de 1983 porte également sa marque de singularité : le couple était en effet composé de deux hommes, deux jeunes allemands, en vacance en Toscane. Les enquêteurs ont fait l’hypothèse que le tueur s’est trompé sur l’identité de l’un deux, car portant les cheveux longs, il l’aurait pris pour une femme. D’autres commentateurs ont avancé que ce crime a été commis en toute connaissance de cause par le tueur pour témoigner publiquement qu’il était toujours en liberté et qu’on avait incarcéré un autre suspect à sa place. Il s’agissait alors soit de le faire libérer, soit d’envoyer un message de défi aux forces de l’ordre.

Le bus VW dans lequel voyageaient les jeunes allemands

1968
Enfin, dans cette histoire tragique qui ne cesse d’épouvanter, il faut signaler ce fait atroce que dans le premier double meurtre, celui de 1968, un enfant de six ans et huit mois se trouvait dans la voiture avec sa mère et l’amant de celle-ci. Il a eu la vie sauve, ce qui laisse penser que le tueur pouvait être quelqu’un de sa connaissance, désireux de l’épargner. D’ailleurs son père a été condamné pour ce premier double meurtre, quoique l’enfant après l’avoir accusé a accusé d’autres personnes, toutes ou presque liées à la pègre sarde qui sévissait en Toscane à l’époque.

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Natalino Mele, l’enfant présent dans la voiture des victimes de 1968

C’est la découverte, en 1982, après le cinquième double meurtre, de la parenté de ce crime de 1968 avec la série imputée au « monstre », qui a fait lever la piste « sarde », jamais complètement abandonnée par les carabinieri, contrairement à la police florentine qui a privilégié la piste « Pacciani et ses copains du goûter« .

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Pietro Pacciani et les « copains du goûter » :
Gianluca Lotti et Mario Vanni :
les coupables selon la justice italienne…

Le livre montre que, malgré les condamnations de deux hommes (Pacciani, le troisième, n’a échappé à la condamnation que parce que sa mort a interrompu le processus judiciaire), l’affaire n’a jamais été résolue. Mille choses le prouvent, en premier lieu l’attitude, le caractère et le style de vie des trois hommes, qui n’ont rien de commun avec le portrait robot du tueur tel qu’il a été établi par les polices scientifiques de trois pays : l’Italie elle même, qui a missionnée deux groupes de criminologues ; les USA, par le biais du fameux National Institut of Justice du FBI ; et l’Allemagne, via l’expertise du BKA (Bundeskriminalamt).

Bien d’autres éléments, soigneusement envisagés par le livre, démontrent que la police, la gendarmerie et la justice toscanes se sont complètement fourvoyées.

De l'énigme criminelle au fiasco judiciaire